Tribune de Célia Blauel parue dans le Huffington post

Emmanuel Macron sacré "Champion du Climat". L'information peut surprendre et pourtant elle émane de la très sérieuse Organisation des Nations Unies. Le Président de la République a en effet marqué les esprits avec son appel "Make our Planet Great Again" au moment de la sortie des Etats-Unis de l'Accord de Paris. Mais si Emmanuel Macron a certes le sens de la formule, son opposition à Donald Trump semble un geste facile, tant la posture du Président américain est caricaturale, et ne doit pas masquer les "petits pas" du Président qui, candidat promettait pourtant de "grands changements" pour protéger la planète.

Car c'est bien une inflexion radicale des politiques publiques qu'il faut engager pour changer notre modèle de société et être à la hauteur des enjeux que pose la crise écologique. A ce jour, la rénovation thermique des bâtiments ne fait toujours pas l'objet d'une planification permettant la massification des opérations sur le bâtiment. L'engagement du gouvernement pour les énergies renouvelables reste timide et dans une vision résolument centralisatrice, alors que collectivités et les citoyens trépignent d'impatience à l'idée de pouvoir agir à l'échelle locale. Le renoncement à l'interdiction du glyphosate, la non affectation des recettes de la contribution climat énergie aux projets de la transition ou encore le dernier projet de loi de finance sont autant de mauvais signaux, qui éloignent la France de sa trajectoire d'un monde où le réchauffement climatique se limite à 2 degrés.

L'heure est pourtant à l'urgence. Le dérèglement climatique a des effets importants sur nos sociétés. Les récents événements climatiques extrêmes ont laissé des paysages de chaos et des milliers de personnes déplacées. Plus proche de nous, la canicule de cet été a révélé les risques qui pèsent sur nos infrastructures, notre système alimentaire, d'approvisionnement en eau ou encore en terme sanitaire. Pourtant, le fatalisme n'est pas de mise. Si il est désormais établi que ce sont nos modes de vie, de production et de consommation qui sont à l'origine de ces bouleversements du climat, le changement de modèle est en cours. La transition écologique n'est plus un slogan écologiste, elle est une réalité dans nombre de territoires.

C'est le cas à Paris où des chantiers structurants et ambitieux ont été engagés depuis une dizaine d'années. Grace à un investissement massif de la Mairie de Paris, 37 000 logements sociaux ont été rénovés thermiquement, près de 40 000 logements en copropriétés privées sont engagés dans une démarche identique. Ces chantiers ont permis de créer 2500 emplois locaux et de faire baisser de 30% en moyenne la facture énergétique des ménages parisiens. Une politique de mobilité durable initiée dès 2001 a permis de faire baisser la pollution de l'air, soutenir la dynamique zéro fossile et de diminuer de pas moins de 39% les émissions de gaz à effet de serre de la Capitale. Grâce à des contractualisations innovantes avec le monde agricole, les petits Parisiens mangent dans les cantines et les crèches près de 40% d'aliments biologiques et un repas végétarien hebdomadaire. Notre municipalité soutient le développement des énergies renouvelables, finançant le déploiement de panneaux solaires, puits de géothermie ou encore de systèmes de chauffage récupérant l'énergie des data center ou des eaux usées. Comme d'autres villes françaises, Paris fait quotidiennement la démonstration que la transition écologique n'est pas une utopie mais un modèle de développement qui permet d'améliorer la qualité de vie, de soutenir de nouveaux modèles économiques durables tout en préservant la planète et ses ressources.

Au delà de l'action politique nécessaire et indispensable, la mobilisation pour la planète change aussi d'échelle. Du monde associatif au monde de l'entreprise et de la finance, en passant par les dynamiques citoyennes, l'attente est forte. La grande marche pour le Climat du 8 septembre dernier en est le meilleur révélateur.

Si il est vrai que le Président a pris un leadership important sur la scène internationale, il convient désormais de le mettre en cohérence avec le réel de l'action. La planète, l'humanité, ne peuvent plus se contenter de slogans ou de trophées onusiens. La neutralité carbone n'est pas une utopie, c'est la condition pour bâtir des sociétés durables et justes.