Accueil Tribunes Ce que pourrait être Paris en 2050 si son Plan Climat est adopté

Ce que pourrait être Paris en 2050 si son Plan Climat est adopté

Tribune publiée dans le Huffingtonpost

Aujourd'hui, je présente aux élu/es du Conseil de Paris le nouveau Plan Climat Air Energie Territorial de la Capitale.

Alors que la COP23 se termine à Bonn, une crainte émerge sur la faible mobilisation de la communauté internationale face au dérèglement climatique et à ses conséquences pour les populations à travers le monde. Si les États sont régulièrement pointés du doigt quant à leur incapacité à transformer l'essai de la COP21, les acteurs locaux, au premier rang desquels les villes, apparaissent désormais comme les piliers de l'action.

Depuis près de 10 ans, Paris s'inscrit totalement dans cette dynamique. Ce lundi 20 novembre, notre municipalité s'apprête à passer une nouvelle étape importante dans ses politiques climat puisque je présente aux élu/es du Conseil de Paris le nouveau Plan Climat Air Energie Territorial de la Capitale. Traduction concrète de l'engagement politique pris lors de la COP21, pour contenir le réchauffement de la planète à 2 degrés, ce document vise à faire de Paris une ville neutre en carbone et 100% à énergies renouvelables à l'horizon 2050.

Pour l'élaborer, nous avons convié les Parisien/nes à rêver au Paris de 2050. Un Paris où tout le monde vit mieux tout en ayant pris en considération l'urgence climatique.

Plongeons-pour quelques instants dans ce Paris de l'avenir...

Nous sommes le 20 novembre 2050, dans un Paris bien plus verdoyant que celui que nous connaissons aujourd'hui. Des programmes de plantation d'arbres, d'agriculture urbaine ont été mis en place depuis plus de trente ans. Ils ont été amplifiés par la stratégie de lutte contre les canicules. En ce milieu de siècle, les étés sont très chauds et ressemble aux vagues de chaleur de 2008 et 2016. 300 ilots de fraicheur ont été créés, les trames vertes et bleues ont été renforcées grâce à la coopération avec la Métropole du Grand Paris. Le programme de désimperméabilisation des sols a permis plus de plantations mais aussi une meilleure infiltration de l'eau de pluie dans les sols sur 40% de la surface de la ville pour favoriser le rafraîchissement des espaces publics. L'eau est d'ailleurs plus présente dans la ville. Les Parisiens ne sont jamais à moins de 7 minutes d'un îlot de fraicheur et on se baigne dans la Seine depuis près de 25 ans.

Les rues sont plus calmes. En 2050, Paris est une ville 100% cyclable. Dès 2025, on comptait déjà plus de vélos que de voitures dans la Capitale. La fin des énergies fossiles – du diesel en 2024 et de l'essence en 2030 -, la révolution concomitante de la mobilité a vu se confirmer la fin du véhicule individuel, l'explosion des véhicules partagés ou encore des transports en commun autonomes. Du coup, on respire mieux aussi ! En 2030, Paris a atteint les objectifs de qualité de l'air préconisés par l'Organisation Mondiale de la Santé grâce à sa politique de mobilité innovante, mais aussi grâce au Fonds Air Bois créé avec la Métropole du Grand Paris pour éradiquer la pollution liée aux foyers de cheminée ouverts et surtout grâce aux programmes de rénovation thermique et de construction à haute performance environnementale.

En effet en cette année 2050, les 1 million de logements parisiens et un grand nombre de bâtiments d'entreprises ont été rénovés, grâce à la mobilisation de différents acteurs. Entre 2020 et 2030, la Mairie de Paris avait donné la tendance : 82 000 logements sociaux, 600 écoles, 40 collèges, 15 piscines et près de 300 000 logements privés ont été rénovés thermiquement et les législations les plus ambitieuses ont été instaurées dans la Capitale. Le quartier de St Vincent de Paul dans le 14e arrondissement construit au début des années 20 a été le laboratoire de la neutralité carbone et a inspiré de nombreuses réalisations dans les années suivantes. Forts de ces expériences, en partenariat avec la Métropole et l'État, les programmes de rénovation thermique ont pris de l'ampleur. Les grands opérateurs de l'immobilier parisien, notamment de bureaux et des Hôtels ont aussi amené leur pierre à l'édifice. Cette mobilisation des acteurs locaux a été rendue possible grâce au travail de l'Agence Parisienne du Climat et à l'émergence de nouveaux métiers.

Cette politique a eu des bénéfices considérables dans la Capitale : baisse de la pollution et amélioration de la santé, création de dizaines de milliers d'emplois et d'une filière leader en Europe en matière d'éco-conception et de réemploi des matériaux, baisse importante de la précarité énergétique.

20% des toits de Paris sont désormais couverts de panneaux solaires, dont certains alimentent les logements en autoconsommation. Ce déploiement a été possible car le secteur de l'énergie a finalement fait sa révolution et 20% de l'énergie consommée à Paris est désormais produite localement. Malgré un contexte réglementaire défavorable, Paris avait dès 2018 initié des projets majeurs dans le solaire tels que les centrales du Parc Floral de Vincennes (8 000m²) ou de La Haye les Roses (13 000 m²), premier investissement hors les murs, mais aussi dans la géothermie avec de nouveaux puits à Rungis et dans la ZAC Bercy Charenton. Depuis, l'État a mis en place une logique décentralisatrice dans sa politique de l'énergie et a donné des moyens financiers et réglementaires aux villes pour agir, qui se positionnent désormais comme productrices d'énergie renouvelable au travers leurs sociétés locales, au premier rang desquelles la société EnergiePosit'if animée par la Région et la Ville dès 2017.

Le poids des déchets a considérablement été réduit. La collecte des déchets alimentaires a été généralisée dans tout Paris dès 2020 pour être compostés notamment dans l'une des stations de micro méthanisation du territoire. Les déchets qui subsistent sont valorisés pour alimenter le chauffage urbain.

Nous nous retrouvons à la terrasse d'une brasserie. La carte a évolué : 50% des ingrédients du menu sont produits localement en Ile de France, l'alternative végétarienne est systématique. En adoptant un régime "flexitarien", c'est-à-dire en mangeant moins de viande et plus de produits locaux et biologiques, les Parisien/nes ont permis de réduire de manière considérable l'empreinte carbone de Paris et ont soutenu le développement de l'agriculture durable francilienne. Certains la soutiennent même directement à travers un investissement au sein de la plateforme de crowd-equity, l'un des dispositifs de financement participatif, pour soutenir la nouvelle économie locale des fermes de la Région. Par conséquent depuis 2030, 20% de la surface agricole utile de l'Ile de France est dédiée à l'agriculture biologique.

De nombreux projets ont pu voir le jour grâce à ces nouveaux modes de financement. Dès 2019, le fonds vert de Paris a permis de soutenir les investissements dans les entreprises de la transition écologique. La plus grande innovation a été la création du fonds de compensation carbone. En 2020, Paris est la première ville au monde à créer cet outil qui permet de financer des projets locaux comme ceux relevant de la solidarité internationale.

Retour en 2017, à quelques heures de débattre de cette vision avec l'ensemble des formations politiques. Il ne s'agit plus d'être dans la fiction, mais bien de faire de cette vision une réalité, la seule qui nous permette d'envisager un avenir désirable, durable et plus juste, sur une planète déjà en plein bouleversement. Avec son Plan Climat, Paris prend aujourd'hui clairement ses responsabilités pour les générations futures.