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Le monde agricole mérite mieux que 3 milliards

Tribune publiée dans Ouest France

Une nouvelle fois le gouvernement s’est soumis à l’ultimatum de la FNSEA. Ce sont bien « 3 milliards d’euros sur trois ans », une « année blanche » sur les dettes bancaires et des rallonges financières qui seront servis sur un plateau d’argent à l’industrie agro-alimentaire, sous couvert de sauver les agriculteurs. On est loin du « Message d’amour » lancé par Manuel Valls car cet engagement revient à perpétuer un marché de dupes au profit de quelques industriels, maintenant sous perfusion des filières agricoles françaises à bout de souffle.

Méprisant les règles environnementales, le lobby agricole a pour unique mot d’ordre l’allégement des charges et des normes, rendues seules responsables de la non rentabilité d’un système de production industriel qui les emmène dans le mur. Ainsi, depuis le 1er janvier 2014, les éleveurs de porc peuvent multiplier par quatre leur cheptel sans que soit mesuré l’impact de telles extensions tant sur le plan social, environnemental ou sanitaire. De même, alors que la Loi d’Avenir agricole était discutée au Parlement, le Ministre de l’agriculture a refusé de définir la dimension agricole d’une exploitation. Il a ainsi permis la construction de la ferme des 1000 vaches dans la Somme. Lors de la réforme de la Politique Agricole Commune en 2014, les mêmes lobbies ont fait échouer la proposition de plafonnement des aides européennes aux plus grosses exploitations à 100 000 €. L’agriculture industrielle a le vent en poupe au détriment des paysans et va à contre-courant des besoins et de la volonté des Français de consommer des produits issus d’une agriculture de qualité, de proximité, respectueuse de l’environnement.

Réforme après réforme, les citoyens réclament une Politique Agricole Commune qui protège, qui régule, qui réponde aux attentes de notre société. Cela passe par l’arrêt des aides aux industriels de la malbouffe et par la relocalisation des filières alimentaires permettant d’approvisionner la restauration collective et les marchés locaux, offrant ainsi aux consommateurs des produits sains et de qualité. Les modèles alternatifs, construits sur une agriculture durable de proximité, démontrent leur pertinence sociale, environnementale, économique et sur la création d’emplois. Il est temps qu’agriculteurs et citoyens formulent un véritable Pacte Agricole et Alimentaire afin de promouvoir de tels modèles.

Nous exigeons qu’un espace de dialogue européen s’ouvre dès maintenant, afin que les voix des citoyens, des villes, des métropoles et des régions, soient prises en compte pour construire une vision alternative de l’agriculture, dans le cadre d’une révision de la PAC à mi-parcours.

Aujourd’hui, partout en France, des initiatives d’une agriculture alternative et responsable se multiplient et fonctionnent avec un minimum de subventions publiques. Elles parient sur le renforcement des liens entre producteurs et consommateurs. Elles servent de modèle pour construire une agriculture qui protège les paysans, les habitants et les territoires ; une agriculture d’avenir.

 

Célia Blauel – Maire adjointe de Paris chargée de l’environnement et Présidente d’Eau de Paris
Emmanuelle Cosse – Secrétaire Nationale d’EELV
Yannick Jadot – Député Européen
René Louail – Président du groupe EELV au Conseil régional de Bretagne